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lundi 12 février 2007, 20h48
CONAKRY (Reuters) - La grève générale a repris lundi en Guinée à l'appel des syndicats mécontents de la nomination par le président Lansana Conté d'un de ses proches pour diriger le gouvernement du premier exportateur mondial de bauxite. La production bauxite, première source de devises d'un pays à l'économie exsangue malgré d'énormes ressources naturelles, est touchée par le mouvement qui, selon des témoins, a fait trois nouvelles victimes lors d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre à la périphérie de Conakry. Six morts et plusieurs dizaines de blessés ont par ailleurs été recensés à N'Zérékoré, deuxième ville de Guinée, située dans le Sud-Est limitrophe du Liberia, d'après les autorités locales. "Ils (les manifestants) ont brûlé la maison du gouverneur et la prison", a déclaré à Reuters Cece Loua, maire de la ville. L'intersyndicale, qui estime que le chef de l'Etat, âgé et malade, n'est plus capable d'assumer la magistrature suprême, conteste la nomination, vendredi, du ministre d'Etat Eugène Camara à la tête du gouvernement. Pour la deuxième fois en quinze jours, marchés, commerces, écoles, banques et bureaux étaient fermés à Conakry et en province. Des militaires et des policiers fortement armés surveillaient lundi les banques, les stations-service et les points stratégiques, notamment le pont autoroutier du 8-Novembre qui mène au quartier administratif de la capitale. Les piétons se faisaient rares dans les rues où les policiers procédaient à des fouilles de véhicules. Des coups de feu ont également été entendus aux abords de l'aéroport de Conakry, proche du camp Alpha Ayaya, principale base militaire, et dans des quartiers périphériques où l'opposition est bien implantée. BERETS ROUGES Des soldats portant le béret rouge de la Garde présidentielle ont fait irruption dans les locaux d'une station de radio privée, FM Liberté, dont ils ont saccagé les studios, a annoncé le personnel concerné. Deux journalistes de la radio auraient été interpellés lors de l'opération menée après la diffusion de commentaires en direct d'un auditeur appelant au départ du chef de l'Etat. Les représentants syndicaux, que les pouvoirs publics ont souhaité rencontrer lundi à Conakry, ont décliné l'invitation jugeant trop dangereux d'assister à une telle réunion, a déclaré le négociateur Boubacar Biro Barry. Les exportations de bauxite et d'alumine, principaux minerais d'aluminium, sont touchées par la reprise d'un mouvement qui a fait plus de 90 morts, il y a deux semaines. Un responsable de la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) a annoncé de son côté que les opérations du groupe étaient suspendues en raison de la grève. "Tout est bloqué", a dit ce dirigeant qui a fait état de pillages dans la nuit à la mine de Sangaredi. "Des bandes de pillards ont tenté de casser des magasins et les forces de l'ordre sont intervenues." Dix-sept personnes au moins ont été tuées pendant le week-end lors de manifestations à Conakry et en d'autres villes, des jeunes étant descendus dans les rues pour rejeter la décision de Conté de propulser Eugène Camara à la tête du gouvernement. Les adversaires du chef de l'Etat estiment que ce dirigeant du parti au pouvoir est trop proche de l'équipe présidentielle pour représenter une véritable solution alternative. L'intersyndicale accuse Conté, septuagénaire diabétique et vraisemblablement leucémique, de ne plus être en mesure d'assumer ses fonctions après 23 ans d'exercice du pouvoir. Elle lui avait donné jusqu'à ce lundi pour nommer un nouveau Premier ministre aux pouvoirs étendus, comme il s'y était engagé aux termes d'un accord conclu il y a deux semaines pour mettre fin à une première grève générale de 18 jours.
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